Pro Hispania
Association Suisse des Églises Protestantes

Une société en perte de transcendance

Source : IEE, Alfredo Aabad, octobre 2014

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« Combats le beau combat de la foi, conquiers la vie éternelle à laquelle tu as été appelé, comme tu l’as reconnu dans une belle profession de foi en présence de nombreux témoins. »

(I Timothée 6 : 12)

J’ai écouté au cours de ce mois d’octobre 2014 le professeur Jean Pierre Bastian au sujet des défis actuels des Eglises protestantes dans les pays du Sud européen. Nous nous sommes rencontrés lors de la Conférence des Eglises Protestantes des Pays Latin d’Europe (CEPPLE) qui existe depuis plus de cinquante ans et qui rassemble 26 Eglises.

Sa première référence fut la nécessaire révolution que réclamait en Espagne Miguel de Unamuno, « une révolution similaire à la Réforme des pays germaniques ». En ce mois de la Réforme, il me paraît intéressant de s’approcher de la pensée du professeur de Strasbourg. Dans son analyse, il utilise l’expression de « société détranscendantalisée », c’est-à-dire qui a perdu le sens de la transcendance en faveur d’une autonomie personnelle, faisant également référence aux jeunes générations, non socialisées religieusement, phénomène auquel les Eglises sont confrontées, augmentant et complexifiant leur travail.

Une société qui a perdu de vue le sens de la transcendance, problème déjà signalé par le philosophe Habermas, est une société qui s’installe exclusivement dans l’immanence, « avec les pieds sur terre », et qui se trouve dans l’incapacité d’entendre un message comme celui de l’apôtre Paul : « Conquiers la vie éternelle… » Le manque d’une dimension qui aille au-delà de la matérialité pointe le doigt sur des questionnements qu’on ne s’aurait éviter tôt ou tard : le problème de nos limites, le fait de cultiver notre spiritualité et donc de comprendre les échanges, les personnes et les réalités comme des lieux où Dieu peut intervenir, spécialement en faveur de l’égalité et de la justice. Au xxème siècle ont pris place de grandes figures prophétiques pour faire front à l’apartheid ou à la ségrégation sociale.

« Nous vivons aujourd’hui dans une religion de bricolage », disait spécialement Bastian. Les engagements clairs font défaut, et il se manifeste une multiplicité de pratiques dans lesquels il y a une grande influence des « entrepreneurs du salut ». De nouveaux humanismes sont présents dans les librairies et la société ne veut pas entendre parler de pécheurs.

L’appel que nos Eglises du Sud reçoivent est celui de dépasser leur petitesse à la manière de nos ancêtres, par exemple, qui furent à l’avant-garde du social au XIXème siècle ; ou encore dans la tâche critique en relation avec la liberté et la justice. Les Eglises doivent être productrices de sens et accomplir une fonction culturelle à partir de leur théologie, faire leur analyse et leur autocritique.

Nous avons un précieux héritage et une tâche à mener à bien dans la normalisation du pluralisme religieux, mais nous avons aussi la tâche d’actualiser notre langage. Notre part spirituelle est notre manière d’être humains et nous avons la tâche d’apporter dans notre société et dans nos familles une vision plus profonde des choses et des êtres, pour ne pas être embobinés dans une quelconque « salade spirituelle ».

Alfredo Aabad, pasteur de la IEE (Eglise Evangélique Réformée Espagnole), secrétaire exécutif de la « Comision Permanente » de la IEE.