Pro Hispania
Association Suisse des Églises Protestantes

Religion, droits humains et inclusion au XXIème siècle

Quelle relation pouvons établir entre religion, droits humains et inclusion pour le XXIème siècle ?

Alfredo Abad, « Cristianismo protestante », 18 mars 2015-04-05

Etablir un lien entre les trois termes énoncés dans le titre d’un point de vue protestant,  que je représente, c’est à la fois parler d’une interaction nécessaire entre ces trois éléments et également du danger que leur mise en relation fait courir. De fait, aujourd’hui,  la fragilité ou la problématique de la relation entre religion et droits humains ou entre droits humains et inclusion, ou religion et inclusion, conduit à vivre et à justifier l’exclusion et le fanatisme, la persécution et à considérer certaines personnes comme devant être proscrites.

L’Eglise protestante d’Espagne a vécu la rupture du lien précité sous forme de persécution et elle ne peut qu’être sensible à tout défaut de respect de la liberté fondamentale de la personne. L’inclusion de la diversité est une question de droits humains, ce n’est pas une question de modernité ou d’interprétation.

Pour une part en fonction de la liberté de conscience, inhérente au protestantisme, l’approche de la question des droits humains ne pas être dans le registre de l’opposition. Mais d’autres positionnements religieux relèvent de cette attitude, considérant que les droits humains sont le fruit des humanismes. Le protestantisme historique a participé à l’édification des droits humains au nom de cette liberté de conscience. Sa propre expérience de la liberté religieuse et sa conception de l’être humain renforcent le caractère inaliénable des droits de la personne et son universalité. Le lien entre religion, droits humains et inclusion est nécessaire pour garantir la liberté et un mode de vie en plénitude.

Pour une autre part, théologiquement on peut invoquer deux notions qui sont à la base de cette argumentation. En premier lieu, considérons l’hymne de la création du livre de la Genèse qui conçoit l’humanité comme mise en relation fraternelle des êtres humains, égaux en dignité par leur condition de « fils et filles de la même famille » et créés à l’image de Dieu. Ni la race, ni le genre, ni la nationalité, ni les options sexuelles ne peuvent donner à réduire le plein exercice de la liberté. Les religions ont une responsabilité pour garantir cet exercice. En deuxième lieu, l’autre notion, fondement de l’inclusion, je l’emprunte à la pasteure Margot Kasseman, lorsqu’elle fait référence à la doctrine du baptême comme raison principale de l’acceptation de la personne et de sa condition. Etre cohérent avec la doctrine du baptême, fondée sur l’amour inconditionnel et gratuit de Dieu, correspond à l’acceptation d’un Dieu qui appelle les personnes comme elles sont et les reçoit dans l’intégrité de leur être, avec la plénitude de son amour.

Les protestants ont été confrontés à de multiples reprises au totalitarisme, comme dans la Confession de Barmen face au nazisme, pour dire incessamment que leur modèle est Jésus-Christ, à qui seul ils doivent leur obéissance, et non à une quelconque forme de jugement arbitraire, de préjugé idéologique, d’imposition culturelle qui viendraient brimer ou détruire la nature diverse et plurielle au cœur de ce qu’est l’humanité. Le XXIème siècle a besoin également que nos convictions abondent dans le sens de la défense de la personne et de sa en plénitude.

Afredo Abad

Alfredo Abad, pasteur et théologien, est le secrétaire exécutif de la Commission Permanente de la IEE (Eglise Evangélique/Réformée Espagnole).