Pro Hispania
Association Suisse des Églises Protestantes

La chair du Christ

Source : Lupa protestante, 5 septembre 2018, Nicolas Panotto

Le principe de l’incarnation de Dieu est un des éléments les plus beaux de la foi chrétienne : l’abaissement de la gloire, la « kenose », et l’assomption d’une humanité pleine, atteinte au plus bas de sa réalité, dans ce qu’elle a de moins appréciable, pour, à partir de là, glorifier la puissance de la vie et remettre en cause les pouvoirs du monde.

Il s’agit d’un événement colossal que nous avons réduit aux caprices de notre contingence, à la fonctionnalité de nos demandes, à la protection de nos appréhensions, à la dimension pragmatique de nos militances ; enfin, à nos visions tant désincarnées de la réalité humaine. L’incarnation n’est pas une manière de relater une épopée pour diviniser une suffisance éphémère sinon pour déclarer que Jésus a un corps, une corporalité comme la nôtre.

J’ai besoin de sentir ce Christ qui vit les mêmes beautés et les mêmes carences humaines dans sa chair, comme moi, qui partage les rires et les tristesses, qui sent dans son cœur les déceptions, qui s’ennuie, se rebelle, s’émotionne, se passionne et doute ; ce Christ qui se contredit, qui est surpris dans sa manière de comprendre l’autre, comme la femme cananéenne qui vient ébranler sa vision réductrice de l’action de Dieu (car elle ne fait pas partie du peuple d’Israël).

C’est un Christ qui s’exaspère, qui crie, qui courre, qui est dérangé, qui réagit sans réfléchir lorsqu’il est indigné face aux marchants du Temple, un Christ qui aime, qui place l’humain par-dessus la loi, qui se laisser toucher comme dans le cas de la femme qui utilise un parfum de grand prix pour le répandre sur ses pieds ; un Christ qui s’engage face à la souffrance, qui trouve son lieu parmi les plus marginalisés et les plus méprisés de la société ; un Christ qui fait la fête et apprécie le bon vin, qui n’hésite pas à exprimer sa fatigue à l’égard du Père, sa peur, ses larmes, sa douleur, son désir que s’éloigne de lui la coupe à boire. La chair du Christ est la mienne, avec ses désirs, ses fragilités, ses contradictions, ses faiblesses. Là se trouve la gloire de l’existence dans l’intégrité que confesse la foi.

Nicolas Panotto

Nicolas Panotto est diplômé en théologie à Buenos Aires ; il est doctorant en sciences sociales et anthropologie sociale, membre de la Fraternité théologique latino-américaine.