Pro Hispania
Association Suisse des Églises Protestantes

Prélude de la fin de tout

Ou de la finitude de l’histoire humaine

Source : « Protestantes », No 3, 2019

Israel Flores Olmos, pasteur de la IEE et docteur en théologie, secrétaire de la Commission Permanente

Au sujet de Luc 21 : 5-19. Ce texte fait partie de ceux qui en tout temps ont provoqué l’imaginaire, l’expectative, la crainte, et ils n’ont pas manqué ceux qui ont voulu établir un calendrier comprenant des descriptions « précises » des événements devant survenir à la fin du monde. Cependant, comme Calvin le mentionne à propos de cette thématique, nous nous trouvons « devant un grand labyrinthe de beaucoup de maux », reconnaissant qu’avant le Jour de la Rédemption finale il y a un long chemin avec ses douloureux détours. Il ne s’agit rien de plus que de la finitude de l’histoire humaine avec toutes ses tragédies et ses malheurs et ce que cela signifie pour celles et ceux qui suivent le Seigneur jusqu’à la Fin.

Comme le commente bien Calvin, ces récits sont comme un labyrinthe et pourtant il faut les pénétrer peu à peu pour ne pas se perdre. Le passage biblique dont nous nous approchons est à peine la porte d’entrée, le prélude de ce qui adviendra selon le discours apocalyptique de Jésus, se référant à la destruction du temple de Jérusalem. Pour clarifier cela, le schéma du texte de Luc 21 : 8-36 que nous propose le bibliste Fitzmyer va nous éclairer :

  1. vv. 8-24 : Signes précurseurs de la fin de Jérusalem
  2. vv. 8-11 : Signes précurseurs de la fin
  3. vv. 12-19 : Avertissement sur la future persécution
  4. vv. 20-24 : Ruine de Jérusalem
  5. vv. 25-36 : Signes précurseurs de la fin du monde
  6. vv. 25-28 : Venue du Fils de l’homme
  7. vv. 29-33 : Parabole du figuier
  8. vv. 34-36 : Exhortation conclusive à la vigilance

Ainsi donc, notre passage a pour cadre les signes précurseurs de la destruction du temple et de la fin de Jérusalem et concerne la persécution de ceux qui suivent Jésus. Devant la stupéfaction de certains disciples de Jésus, concernant la magnificence et la beauté du temple de Jérusalem, construit par Hérode le Grand, Jésus les avertit que de cette magnifique édification humaine, « un jour il ne restera aucune pierre sur pierre de tout ce que voyez. Tout sera détruit » (v.6). Il leur montre la relativité et la temporalité de cet édifice que l’on considère comme « le lieu » de Dieu, symbole de la grandeur de Jérusalem et pourtant lieu de discussions et de discordes démontrant privilèges et dépréciations des uns envers les autres (vv. 1-4). Une telle déclaration massive ne fait que réveiller l’intérêt des disciples qui demandent des signes à leur maître, une feuille de route, de la clarté sur le sujet.

Jésus décrit le labyrinthe qu’ils devront traverser en leur disant : « soyez vigilants ; ne vous laissez pas tromper », en commençant la description du caractère conflictuel de l’histoire humaine. Face aux annonces ou aux « alertes de guerres ou révolutions, soyez sans crainte. Car tout cela doit se produire, mais ce ne sera pas encore la fin imminente » (v.9). Il leur dit également : « Des nations se lèveront contre d’autres, et des royaumes contre d’autres ; il y aura des tremblements de terre, de la faim et des épidémies, et on verra dans le ciel des signes extraordinaires (vv. 10-11) ». La description apocalyptique que fait Jésus est extrême, comme l’histoire humaine qui s’écroule, à l’occasion chaotique et présentant à de nombreuses reprises un spectacle tragique et douloureux. C’est ce qui s’est produit en l’an 70 lorsque les Juifs ont été témoins de la destruction totale du temple de Jérusalem et d’une partie de la ville par l’armée romaine commandée par Titus. Mais également tableau tragique concrétisé au fil des siècles de l’histoire humaine aux civilisations dévastées, dont des peuples entiers étaient soumis aux empires par la dureté de la guerre et de l’ambition.  Face au découragement Jésus avertit : « ne soyez pas paniqués », en leur disant en plus que « beaucoup viendront en mon nom », disant : « c’est moi » ou « le moment est arrivé ». « Ne les écoutez pas » (v.8).

Avant la destruction du temple et de la fin de Jérusalem, Jésus donne une série d’avertissements sur tout ce que devront endurer ceux qui le suivent : « Mais avant que tout cela n’arrive, ils mettront la main sur vous, ils vous persécuteront, ils vous livreront aux synagogues ou vous mettront en prison. A cause de moi ils vous conduiront devant les rois et les gouverneurs » (v.12). Comme ce fut le cas pour Etienne (Actes 7 : 54-60) et pour Jacques (Actes 12 : 1-2) par exemple. Malgré tout cela, Jésus leur dit que la victoire finale sera celle de ses disciples. Il termine en disant : « soyez fermes et vous obtiendrez la vie » (v.19).

Les signes des temps dont parle Jésus révèlent la tension entre le Règne de Dieu et le mal. Ainsi ces signes des temps demandent constamment à prendre des décisions et à s’engager pour l’espérance active et fidèle :

Espérer est un art difficile si on sait espérer avec patience, avec certitude, avec sécurité. Mais l’apprentissage de cet art suppose une libération de la crainte de la destruction et de la mort. Dans la patience de l’espérance s’anticipe un éclair de la vertu (pouvoir ?) de la résurrection et commence à s’étendre sur la terre le novum du Christ (Moltmann, Espérance et planification du futur).