Pro Hispania
Association Suisse des Églises Protestantes

Protestantisme espagnol : compte rendu historique et structuration actuelle

Source : Mariano Blasquez, secrétaire exécutif de la FEREDE
(Fédération des Entités Religieuses Protestantes en Espagne)

Ce travail a été publié dans le livre de Ricardo Garcia Marcos et Marcos Gonzalez Sanchez (Coords), « Application et évolution de l’Accord entre l’Etat espagnol et la FEREDE », Fondation universitaire espagnole, Madrid, 2008.

Note du traducteur : nous renonçons pour des raisons de commodité à donner les notes en bas de page de cet article qui, par lui-même, est suffisamment clair. Cet article sera publié dans son intégralité en plusieurs étapes dans les numéros suivants de l’EdM à la suite de celui-ci.

1. Compte rendu historique

1.1 Antécédents historiques

Alfonso Torres de Castilla dans son livre « Histoire des persécutions politiques et religieuses survenues en Europe », fait mention des différents mouvements de réforme antérieurs à la dénommée « Réforme protestante », qui présentent des affinités avec la structure de base du Protestantisme actuel.

Avant qu’apparaisse en Allemagne la fameuse « hérésie » de Luther…en Espagne, l’origine des hérésies concernait presque toujours la critique plus ou moins sévère de la conduite du clergé et le désir de réformer ses coutumes, restaurant la pureté qu’attribuait la tradition sur la base  des deux premiers siècles du christianisme.

Il ne faut pas penser que la Réforme commence au XVIe siècle. Nombreux ont été les voix, les mouvements et les vécus qui démontrent leur dissidence de l’orthodoxie catholique et ont défendu les principes du christianisme primitif. Bien que les foyers de la protestation furent persécutés, il vaut la peine de faire mention à l’intérieur de l’Espagne des mouvements des Albigeois et des Vaudois (respectivement les XIIe et XIIIe siècles, bien que le deuxième perdure aujourd’hui seulement en Italie).

1.2 La Réforme du XVIe siècle en Espagne

Au XVIe siècle également existèrent des courants de spiritualité éloignés de la posture officielle qui conduisaient à vivre et à défendre un christianisme différent. Ces mouvements clandestins démontrèrent rapidement un intérêt pour les écrits de Luther, comme en fait état la lettre que l’imprimeur allemand Jean Froben remit en 1519 à Luther (seulement deux ans après la publication de ses 95 thèses), dans laquelle  il l’informe qu’il avait remit « six cent exemplaires de ses écrits en France et en Espagne ».

En ses débuts, le protestantisme espagnol se déploya spécialement au sein de la classe noble et cultivée grâce à sa relation avec l’humanisme et la lecture de la Bible. Comme témoignage de cette période, nous avons des noms insignes comme Juan de Valdés, Francisco de Enzimas et les ex-moines Casiodore de Reina, Cipriano de Valera et Antonio del Corro. On doit à Reina et à Valera la première traduction complète de la Bible en Castillan.

Dans ces moments d’instabilité politique et religieuse, Oxford offrit l’hospitalité à ces éminents savants espagnols comme Cipriano de Valera, auteur de la précieuse Bible Castellane qui, modernisée, continue à être publiée, ou Antonio del Corro qui enseigna la théologie dans cette Université et dont les règles (publiées à Oxford en 1586) constituent le premier livre imprimé à Oxford dans une langue européenne et le premier livre publié dans ce pays (Juan Carlos I, discours du 24 avril 1986, lorsqu’il reçut le titre de Doctor Honoris Causa en Droit civil par l’Université d’Oxford).

Au milieu de la persécution de l’Inquisition, les protestants espagnols vécurent  dans la clandestinité, décimés par les procès du Saint Office et l’exil volontaire.

1.3 La marginalisation durant les XVIIe et XVIIIe siècles

Durant ces siècles, la naissante Réforme espagnole fut condamnée à la plus absolue clandestinité. Cependant, à partir de l’information provenant des archives du Saint Office, on démontre que les traductions bibliques en castillan et en basque continuèrent à circuler en Espagne, alors que les protestants nationaux et étrangers subissaient les Autodafés ou recherchaient la sécurité en exil. Ceux qui purent s’en aller vers des pays tolérants produisirent une littérature qu’ils firent parvenir en Espagne.

De cette période il n’y a qu’une si faible documentation que certains historiens soutiennent que jusqu’au XVIe siècle il n’y a pas de présence protestante en Espagne. D’autres par contre, recherchent des indices indirects dans les procès d’Autodafé… à travers lesquels il est manifeste que certains réformés espagnols ont perduré dans la clandestinité.

Les Autodafés des tribunaux de l’Inquisition en Espagne et en Italie rendent compte de 3499 procès contre les « luthériens », ce qui suppose le 7,1 % des procès connus (Gabino Fernandez Campos, historien).

En 1654, Oliver Cromwell refusa de renouveler une alliance avec l’Espagne, à cause de la façon dont cette dernière niait la liberté de conscience et de culte pour les résidants anglais (Rafael González  y Alfredo Abad en Bosquejo histórico de la Iglesia Evangélica en España).

Au cours du XVIIIe siècle et au commencement du XIXe siècle, les relations économiques et militaires, spécialement avec l’Angleterre, font que la tension au sujet des protestants étrangers s’affaiblit, leur permettant d’exercer leur liberté de conscience mais pas encore de culte.

En 1699 à Santander…on offrit aux commerçants de la Nation anglaise la possibilité de commerce et d’habitat leur procurant à cet effet divers avantages et utilités. Entre autres il est concédé « à ceux qui ne sont pas catholiques romains de recevoir le même traitement qu’on offre à ceux qui sont dans les villes de Sévilla, Cadiz, Malaga et Puerto d’Adaloucia…

(Matilde Camús, dans «Prolégomènes du Cimetière Protestant de Santander et son évolution historique »).

1.4 Réorganisation du protestantisme espagnol au XIXe siècle et au début du XXe siècle

Suite dans le prochain numéro Etoile du Matin 357