Pro Hispania
Association Suisse des Églises Protestantes

L’année John Wesley (1703-1791)

La célébration de l’année John Wesley en Catalogne a été inaugurée le 28 janvier 2012, dans l’église de Tallers à Barcelone. Ainsi, tout au long de cette année auront lieu des évènements et des rencontres spécialement consacrées au souvenir du fondateur du méthodisme, John wesley. Le méthodisme est une des dénominations majeures du protestantisme. Il naît en Grande-Bretagne au XVIIème siècle, de la main de John Wesley, avec le concours de son frère et d’autres collaborateurs. Initialement, il ne voulait pas être une Eglise séparée de l’Eglise Anglicane, mais avec le temps advint la séparation.

Le pasteur Ignacio Simal rappelle que le méthodisme défend un « christianisme social ». Face à une Eglise Anglicane frileuse, éloignée des plus humbles, au moment où la révolution industrielle prend son essor, le mouvement chrétien social commence à se mettre sur pied. Un de ses apports concerne l’universalité de son message. Face à une théologie classique, comprenant des composantes que l’on pourrait désigner d’élitistes (s’adressant davantage à une minorité de croyants, les élus de Dieu), le méthodisme est universel.

C’est un message du Christ adressé au monde entier, et le monde entier peut parvenir à la « perfection chrétienne », le peuple tout entier, indique Ignacio Simal, qui ajoute d’autres caractéristiques du méthodisme : le dualisme ministres du culte et laïcs est dépassé—le méthodisme intègre les prédicateurs laïcs—et c’est un christianisme social, car « la sainteté, comme le salut, est sociale, et c’est à partir de cela que l’Eglise doit être témoin du Règne de Dieu sur la terre et faire en sorte que l’utopie devienne réalité ».

Cette préoccupation sociale se traduit par la mise en place de micro-crédits, d’écoles pour enfants et adultes, de programmes de soutien aux personnes handicapées ; c’est une œuvre sociale et sanitaire, d’abord en Angleterre, puis de l’autre côté de l’Atlantique, pour s’étendre ensuite au monde entier. Selon Enrique Capò, la phrase de J. Wesley « pensons et laissons penser » illustre parfaitement ce qu’est le méthodisme où l’important n’est pas de se réclamer de telle ou telle confession, mais de faire un chemin de conversion vers Jésus-Christ comme centre de la vie chrétienne.

L’arrivée du méthodisme en Catalogne se produira en 1868, à travers de la Révolution qui reconnaîtra pour la première fois en Espagne la liberté religieuse. C’est ainsi que des missionnaires protestants étrangers viendront dans le pays pour évangéliser. Les méthodistes seront parmi les tout premiers : un couple s’installera à Es Castell (Minorque), où débutera un travail d’évangélisation. Un envoyé de la mission wesleyenne, William Thomas Brown, se rendra à Barcelone pour y prêcher l’évangile dans les rues et distribuer des exemplaires de l’évangile.

Carmen Capò, historienne spécialisée dans la recherche sur les débuts du protestantisme en Catalogne et dans les Baléares, le dit fort bien : « En quinze ans, l’œuvre avait atteint sa plus belle amplitude, comprenant sept lieux de prédication à Barcelone et au Vallès, huit écoles accueillant des enfants le jour et des adultes le soir ».

Avec les Restauration des Bourbons en 1876, de nouvelles difficultés vinrent accabler les protestants. Ils durent entrer en clandestinité, endurer les périodes d’emprisonnement, les persécutions, se plier à l’interdiction de manifestation publique. Cette situation ne prit fin qu’en 1978, avec l’actuelle Constitution, avec la brève parenthèse de la Seconde République. 
Carmen Capò met en évidence l’enthousiasme et les convictions des pionniers méthodistes : ils fondent communautés religieuses et écoles. Aujourd’hui, de cette œuvre crée vers la fin du XIXème siècle, perdurent les églises d’origine méthodiste, comme celles de la Rue Tallers, des quartiers de Poblenou et du Clot, de l’Hospitalet, de Santa Coloma de Gramenet et de Rubi. Les écoles de Barcelone et de Rubi durent fermer définitivement en 1939, suite à la Guerre Civile et à la prise de pouvoir par les Franquistes.

Dans les années 50, ces communautés s’intégrèrent à la IEE (Iglesia Evangelica Española), donnant lieu à une Eglise unie de tradition méthodiste et presbytérienne, conservant aujourd’hui son engagement social au travers des œuvres comme « Farternadal » à Rubi, la résidence Bet-San pour personnes âgées à St. Coloma de Garmenet, et le « Faro » dans la même localité, qui gère divers projets : entre autres des appartements pour l’accueil, un centre consacré à l’accueil d’enfants en risque d’exclusion sociale, un foyer pour jeunes filles et adolescentes qui se sont retrouvées enceinte, ainsi que pour leurs enfants en Bolivie. 
Enrique Capò met en évidence que ces premières communautés méthodistes étaient pourvues d’un enthousiasme créateur. D’un côté non seulement parce qu’elles croyaient que le message de l’évangile implique « une transformation de la vie humaine dans toutes ses dimensions », mais aussi que cela servirait à transformer l’Espagne et la Catalogne en contribuant à leur modernisation. Sans cet enthousiasme, cette foi et cette conviction, l’œuvre méthodiste ne serait pas parvenue à vivre jusqu’à aujourd’hui, au-delà des difficultés politiques de l’époque.

Lors de la célébration du 28 janvier pour lancer l’année J. Wesley était présent le directeur général des affaires religieuses, Xavier Puigdollers, le responsable du Bureau des Affaires Religieuse de la Municipalité de Barcelone, Ignasi Garcia i Clavel, ainsi que des représentants d’autres confessions chrétiennes et du Mouvement œcuménique, comme le capucin Joam Botam. 
Fausto Berto 
Source : Lupa protestante, 2 février 2012, www.lupaprotestante.com