Pro Hispania
Association Suisse des Églises Protestantes

Cipriano Tornos Blasco (1932-1918)

Source: José Luis Fernandez, Archives de l’Eglise Evangélique/Réformée Espagnole, Noviciado 5, Madrid

Il y a plus de 100 ans, le 30 novembre 1918, s’éteignait le pasteur Cipriano Tornos, qui fut à la tête de l’église “del San Salvador” pendant 44 ans à Madrid. Il nacquit à Atea, dans un petit village de la province de Zaragoza, le 26 septembre 1832.

A 14 ans il porta l’habit de l’Ordre religieux des Ecoles pieuses. A 23 ans il devint diacre, le premier échelon pour parvenir à la prêtrise, ce qui lui permettait de prêcher, d’aider dans l’administration des sacrements et dans tout ce que le prêtre lui demandait de faire. Rapidement il se distingua comme prédicateur, et il fut appelé par la reine Isabel II qui le nomma prédicateur de la Chapelle royale. Il fut également professeur dans l’enseignement secondaire au Séminaire des Ecoles pieuses de San Fernando, situé à la rue Mesón de Paredes à Madrid.

Après la chute d’Isabel II, s’établit en Espagne une brève période de liberté religieuse, qui permit à différentes confessions non catholiques d’ouvrir des lieux de culte et de diffuser le message du Christ. Selon sa propre confession, Cipriano Tornos “se consacra à combattre le protestantisme, spécialement comme ennemi de Marie, car il était appelé le prédicateur de la Vierge”(Archives de la IEE: doc 3-116).

Un jour tombèrent dans ses mains des traités protestants qui étaient destinés à être brûlés. Cependant, Cipriano en fit la lecture, d’abord avec curiosité et ensuite avec intérêt, jusqu’à provoquer dans son esprit un bouleversement de telle manière que, “portant des habits liés à sa fonction—racconte-t-il—il entra dans le Bureau de la Société Biblique Britannique et Etrangère, et demanda une théologie protestante. On n’en avait pas, mais on lui donna en échange Les cent dix considérations de Juan de Valdés et La Doctrina útil de Valera. Il les lut avec avidité et dès lors ne voulut pas prêcher divers sermons qu’il avait préparés”. Le Prédicateur de la Vierge prononça son dernier sermon catholique à Nuestra Señora de la Buena Muerte dans l’église de San Justo, le 13 septembre 1872. Le temps de trouver une solution alternative à la chapelle del Redentor, à la rue Madera Baja, qui était devenue trop petite pour contenir la nombreuse affluence de fidèles, en juin 1870 fut ouvert le lieu de culte El Savador, sur la petite place del Limon.

Francisco de Paula y Ruet et Antonio Carrasco officièrent pour le culte d’inauguration. Cipriano Tornos allait s’approcher de ce lieu de culte avec l’intention de s’entretenir avec le pasteur Juan Jameson, qui était venu d’Ecosse pour prendre la succession du pasteur Ruet, avec son aide, Angel Blanco. A partir de ce momento, sa vie religieuse prendrait une autre tournure qui ne serait pas facile. Tornos lui-même commente, à la troisième personne, le processus de sa conversión: “Deux ou trois semaines passèrent, avec beaucoup d’anxiété dans son esprit jusqu’à ce que, sous l’accompagnement de ces pasteurs et sentant dans sa conscience la voix de l’Esprit du Seigneur, il renonça solennellement à sa vie passée et s’affilia à l’Eglise protestante.

Dans ce cheminement il ne fut pas seul, mais il fut suivi par Joséfina, sa fidèle disciple et, ensemble, dans les années 1873, ils se consacrèrent à l’Evangile avec un enthousiasme plus grand que celui qu’ils avaient eu dans la foi romaine”. Les deux abandonnèrent le catholicisme parce que de nombreux et importants aspects de la doctrine et de la pratique étaient très éloignés du véritable Evangile.

Le 26 mars 1874, Cipriano se maría civilement avec son ancienne disciple, Josefina Maria Josefa Pérez y Hernandez, née à Cuba, qui jusqu’alors l’avait écouté en confession. Ensuite, les mariés se rendirent à l’église de El Salvador où, entourés d’amis et d’invités, le pasteur Juan Jameson bénit la cérémonie. Le 1er novembre, le nouveau lieu de culte fut inauguré, sis au numéro 4 de la rue Leganitos, sous la présidence de Juan Jameson, assisté par le pasteur Angel Blanco et Cipriano Tornos, qui prêcha son premier sermon protestant. On a raconté que “tous les journaux de Madrid relatèrent l’événement, certains le censurant, d’autres l’applaudissant…Les journaux ultramontains remplirent leurs colonnes de calomnies s’en prenant continuellement à lui (l’ex curé Tornos) avec des injures grossières, et jusqu’aux menaces de dynamiter le lieu de culte.

L’année suivante, le pasteur Angel Blanco fut destiné à l’église de San Fernando, Cipriano Tornos restant seul comme aide du pasteur Jameson. Le 12 juin 1876 il fut consacré pasteur de l’église de El Salvador qu’il desservit jusqu’à sa mort. En 1888, Juan Jameson mit un terme à son activité pastorale pour être nommé comme agent en Espagne de la Société Biblique Britannique et Etrangère, laissant Cipriano Tornos comme unique pasteur de l’église de El Salvador. C’est alors qu’il commença à mettre toute son implication dans ce qui deviendra une préoccupation principale, presque une obsession: avoir un propre temple. Il ne voulait pas dépendre de ce que le propriétaire puisse céder aux pressions des cléricaux et ne veuille plus continuer avec le loyer.

Ce désir était connu de l’Eglise d’Ecosse, qui soutenait économiquement la chapelle de El Salvador, et à qui Cipriano envoyait chaque année un rapport d’activité et le compte rendu des comptes. Il demandait, une fois de plus, une aide pour ériger un temple et pouvoir accueillir les nombreux fidèles qui se rassemblaient pour écouter la parole du pasteur. Ce fut, cependant, un important héritage d’un membre de l’Eglise, destiné précisément à la construction d’un temple et d’une école pour enfants, qui rendit possible l’acquisition du terrain à la rue du Noviciado, non loin de la chapelle de Leganitos, et la construction de l’édifice.

Le 1er mai 1913 le contrat de construction fut signé. Deux ans ans plus tard, le 26 mars 1915, jour du Vendredi-Saint, on inaugurait officiellement l’église de El Salvador. Cipriano Tornos, qui avait 82 ans, vit ainsi s’accomplir son rêve qu’il avait poursuivit avec ténacité, mais surtout avec foi. Cependant, sa joie fut obscurcie par la grave maladie de son épouse. Le 11 juillet 1917 elle décéda, sa fidèle compagne et  collaboratrice efficace pendant 43 ans, avec bien plus de confidences que dans le confessional.

Le pasteur ne lui survécut pas longtemps. Son âge avancé, sa santé touchée par l’abondant travail accompli, parfois avec des sacrifices, la mort de sa chère épouse, finirent d’user ses forces. Au cours de la nuit du 30 novembre 1918, Cipriano Tornos Blasco s’éteignit à l’âge de 86 ans. Le dimanche, au cours du culte que présidait le pasteur Georges Fliedner, son corps, au milieu d’une impressionante manifestation de deuil populaire, fut conduit au cimetière civil et enterré près de son épouse.