Pro Hispania
Association Suisse des Églises Protestantes

Transparence ecclésiale : débats doctrinaux télévisés ?

Cristianismo protestante, 15 avril 2015

Pedro Zamora Garcia

Je fus surpris récemment en recevant une information dont je reprends ce qui suit :

Certaines figures ecclésiales du Royaume Uni ont décidé de transmettre à la télévision des débats et des discussions en vue de résoudre des disputes doctrinales qui ont cours entre diverses dénominations ecclésiales. Le « premier round » pourrait se faire en 2017 entre les archevêques de Canterbury (anglican) et de Westminster (catholique), le président de la Conférence méthodiste, le modérateur de l’Eglise Réformée Unie et le président de l’Union Baptiste de Grande-Bretagne (…).

Les principales chaînes de TV, BBC, ITV, SkyTV et Davel sont en train de s’interposer en visant l’obtention des droits exclusifs de la série de débats ( …). Certains responsables ecclésiaux croient que l’irruption du débat télévisé « Ecumenism – Live ! » (c’est ainsi que sera nommé le programme) altérera substantiellement la perception qu’ont les sceptiques du christianisme (…).

Chaque débat, en commençant par la question de « la nature du baptême dans un contexte post-moderne », sera évalué uniquement à titre indicatif par le biais d’une enquête téléphonique et d’une enquête online, avant que les responsables émettent en secret leur vote pondéré. Les résultats seraient annoncés à une date à fixer (…).

C’est plutôt pas mal pour une société britannique qui se perçoit comme « ultra-sécurisée » ! Réellement, je ne sais pas si le projet parviendra à bon port, c’est-à-dire à se concrétiser, car les disputes ecclésiales pourraient l’enterrer. Mais le fait que de grandes chaînes croient dans les possibilités d’un débat doctrinal publique et régulier (à noter que l’information utilise le mot « doctrinal » et non pas « théologique » qui est plus générique) peut nous donner l’idée que peut-être est arrivé le moment pour les grandes Eglises chrétiennes de se disposer à un sérieux exercice de transparence publique, auquel elles n’ont pas été habituées au temps de leur prédominance sociale dans beaucoup de pays occidentaux.

Il est monnaie courante d’affirmer que la société aujourd’hui ne trouve pas d’intérêt à l’égard des Eglises institutionnelles traditionnelles. Bien que cela soit vrai, il s’agit peut-être d’une face de la vérité. L’autre face serait que les mêmes Eglises se sont tant habituées  à un modus operandi  enfermé (auto-suffisant), qu’elles ont fini par séquestrer l’essence de leur être et de leur message par rapport à leur propre réalité publique, au point qu’elles payent aujourd’hui l’indifférence de celle-ci.

Nous vivons dans un temps où la société espagnole, témoin souffrant d’une énorme crise renforcée par une trame de corruption basée sur la concentration du pouvoir politique et économique, demande une transparence réelle et non pas seulement formelle. Et, indépendamment des succès de Podemos ou de Ciudadanos, ou de leurs échecs en vue de contribuer à une démocratie réelle, cette société espagnole va poursuivre dans sa demande insistante d’une beaucoup plus grande transparence dans toutes les institutions publiques et privées.

Plus encore, elle est en train de demander que les institutions – aussi les Eglises – prennent conscience des énormes possibilités de transparence et de participation qu’offrent les technologies de l’information et de la communication. Et si d’aucuns croient que l’économie – du pain et des jeux – est l’unique chose qui intéresse cette société, peut-être vont-ils ramasser une gifle lors des prochaines élections. Parfois je pense que les Eglises et les croyants partagent aussi cette croyance, justifiant ainsi leur défaut d’audience publique et se conformant au discours ambiant.

Dans tous les cas, prendre conscience de la nécessité d’exercer une transparence d’une manière régulière et systématique, par le biais du grand potentiel technologique disponible en en profitant par une participation pleine des fidèles, des sympathisants ou simplement des personnes intéressées (bien que se puisse être à différents niveaux), non seulement peut modifier la perception que les sceptiques ont de la religion institutionnelle, mais également peut modifier (et peut-être que cela doit) les structures et les organes des mêmes Eglises.

Mais cela ferait l’objet d’une autre discussion.

Pedro Zamora García est pasteur de l’Eglise Evangélique (Réformée) Espagnole, doyen de la Faculté de Théologie (SEUT), chargé de cours à l’Université Pontificale Comillas.