Pro Hispania
Association Suisse des Églises Protestantes

Ni œcuménisme, ni droits

Au sujet du cardinal archevêque de Barcelone, Lluis Sistach, et le Gouvernement du parti populaire.

Cristianismo protestante, 23 avril 2015, Ignacio Simal

Je n’arrive pas y croire, mais c’est la vérité. La réalité s’impose. D’un côté le manque de sensibilité de la hiérarchie catholique romaine de Barcelone, de l’autre l’injustice du Gouvernement espagnol envers les minorités religieuses. Parlons d’abord d’une première chose. Lundi 27 avril on a célébré à la « Sagrada familia » un service funèbre pour les victimes de la catastrophe du vol de la Germanwings. Les personnes décédées appartenaient à différentes confessions religieuses. Autant la France que l’Allemagne ont démontré une sensibilité délicate et respectueuse dans les célébrations œcuméniques, respectant le caractère plurireligieux des victimes ainsi que les sensibilités diverses des familles au plan spirituel. Cependant, en Catalogne, la hiérarchie « is different » (est différente), comme ce fut le cas en Espagne dans des temps qu’il ne plaît pas de rappeler. Sistach, cardinal archevêque de Barcelone, fut incapable jusqu’à ce jour d’entendre la sollicitude du Gouvernement catalan, ainsi que le contenu des lettres de certains proches des victimes afin que la célébration à leur mémoire tienne compte de la diversité religieuse et des sensibilités spirituelles diverses, comme de la diversité catalane. Son état d’esprit est visiblement très éloigné du talent dont son « chef », le Pape François, a su faire preuve jusqu’alors.

Le plus loin que Sistach put aller, à la fin de la messe, ce fut de permettre à certains représentants de différentes confessions religieuses de prendre la parole, comme figurants d’une mauvaise œuvre cinématographique. Quelle fraternelle amabilité de la part du cardinal archevêque !! De pareilles choses ne favorisent évidemment pas le dialogue œcuménique et interreligieux. Rome continue à être Rome, d’une manière ou d’une autre. Si j’avais été dans la peau de ceux qui ont eu à prendre la parole lors de la cérémonie, je ne l’aurais pas fait. Et je me serais abstenu par respect à l’égard des victimes et de leurs proches.

D’autre part le Gouvernement espagnol continue à se montrer insensible à l’égard des pasteurs espagnols auxquels on avait interdit de cotiser à la Sécurité sociale durant le franquisme, niant leur statut professionnel. Ainsi étaient les choses pendant cette période obscure. Aujourd’hui, après plus de trente ans de démocratie, et malgré la décision du Tribunal Européen pour les Droits Humains, malgré les lettres envoyées et les démarches faites auprès du Gouvernement espagnol de la part des institutions européennes protestantes, la situation de nos pasteurs et de leurs veuves reste inchangée. Ils ne reçoivent toujours pas une pension de retraite de la part de l’Etat.

Les avocats de l’Etat, qui suivent vraisemblablement les directives du Gouvernement du Parti Populaire, réalisent des manœuvres dilatoires, ou démontrent une ignorance absolue de la réalité protestante quand ils « défendent » l’Etat dans les différents jugements auxquels a participé l’Eglise Evangélique/Réformée Espagne pour revendiquer les droits de ses pasteurs à recevoir une pension de retraite. La pauvreté et l’indifférence de l’Etat espagnol sont patentes pour écarter de leurs droits des personnes, alors qu’ au plan financier ces droits ne représentent qu’une part insignifiante sur l’échelle des deniers de l’Etat espagnol.

Tout paraît indiquer que dans ce pays appelé Espagne, les choses continuent à être ce qu’elles étaient. Tant du point de vue de la hiérarchie catholique barcelonaise dans sa restriction mentale, que du point de vue du Gouvernement du Parti Populaire qui poursuit dans son obstination à ne pas vouloir solutionner un problème qu’il a sur la table depuis un temps excessif. Allons, une situation qui a de quoi soutirer des larmes à cause de ce pays maltraitant  ses minorités religieuses.

Ignacio Simal Camps est directeur de « Cristianismo protestante », pasteur, directeur du Département de la communication de l’Eglise Evangélique (Réformée) Espagnole et président de la Table de l’Eglise Evangélique (Réformée) de Catalogne.