Pro Hispania
Association Suisse des Églises Protestantes

Le fait religieux et l’Ecole

Source: IEE, Alfredo Aabad, octobre 2014

Alfredo Aabad

Il a été présenté au Congrès des Députés Espagnols le « Projet de Loi Organique pour l’Amélioration de la Qualité Educative » (LOMCE), ou encore désignée par « Loi Wert »,selon le nom du ministre qui est à l’origine du projet, José Ignacio Wert. Dès le moment de sa publication, on a émis des avertissements pour sa défense, disant que les réactions opposées à ce projet se perdraient dans les détails. Bien que l’objet de ces lignes soit de commenter la question religieuse, ma préoccupation au sujet de cette loi, c’est qu’elle porte une lourde charge idéologique, avec le rejet du pluralisme religieux et de son autonomie, l’inégalité et l’élimination de l’Education pour la citoyenneté, malgré les exigences et les recommandations internationales et celles du Conseil d’Etat en avril.

Nous considérons que nous sommes en face d’une importante régression, dont l’objectif principal n’est pas de résoudre les problèmes de l’éducation à partir d’un consensus et de la pluralité, mais de reprendre un pouvoir centralisateur et de considérer la formation des jeunes à partir de statistiques avec une myopie idéologique prédéterminée, au lieu de considérer et de prendre au sérieux les personnes et leurs besoins réels dans un monde aussi compétitif que celui d’aujourd’hui.

La loi prévoit en son principe que l’apprentissage des connaissances à l’école doit être dirigé en vue de former des personnes autonomes, critiques et avec une pensée personnelle ; on veut donner un cadre de stabilitéà travers une succession de sept législations distinctes en matière d’éducation – mais on ne le fait pas à partir d’un consensus, ni du respect de la pluralité. Le consensus avec l’ensemble des partis politiques serait une garantie de stabilité ; prendre en considération l’important rapport du Conseil d’Etat serait une garantie de stabilité ; débattre avec l’ensemble des acteurs sociaux serait une garantie de stabilité. Le contraire c’est viser à mettre en place, une fois de plus, une loi absolument périssable à brève échéance.

Si on veut garantir l’autonomie de la personne, favoriser son esprit critique et son propre mode de penser, alors le fait religieux à l’école doit respecter la pluralité et l’égalité. Cependant, la disposition additionnelle seconde établit un premier point pour la religion catholique et un second pour les « autres religions », ce qui à l’évidence exclut toutes les Ecoles qui n’ont pas d’accords établis avec l’Etat en matière d’éducation religieuse, accords permettant un enseignement religieux autre que catholique pour les non-catholiques. Ainsi l’enseignement religieux reste dans les mains des autorités religieuses.

Si on considère parallèlement à cela ce que dit le document des « Orientations pastorales pour la coordination de la famille, la paroisse et l’école dans la transmission de la foi », l’application de ces orientations dans les Ecoles catholiques est doctrinale et dogmatique. La loi et ses orientations vont limiter les accords de coopérations avec la FEREDE (Fédération des Entités Religieuses Protestantes Espagnoles) dont l’article 10.1 garantit pour les élèves protestants de recevoir un enseignement religieux protestant sous la responsabilité de la FEREDE dans les Ecoles publiques et les Ecoles privées conventionnées. La loi et ses orientations peuvent avoir comme effet de limiter ce droit et entrer en conflit avec l’article en question des Accords FEREDE- Etat.

Dans notre pays la Constitution oblige à considérer le fait religieux, mais sans faire de l’enseignement religieux une matière obligatoire et évaluable. En réalité, selon l’explication de Soledad Gallego, dans le « Pais » du 26 mai 2014, la religion a été obligatoire seulement depuis 1857, dans la période 1899 à 1901 et pendant le franquisme. On ne peut s’empêcher d’éprouver un sentiment de régression.

Le débat au sujet du fait religieux à l’école doit se faire sans autant de préjugés et depuis une perspective plus socialisante qu’idéologique. La neutralité de l’Etat et sa responsabilité dans la formation des plus jeunes doivent être assumées depuis les organes démocratiquement élus. Seule la laïcité de l’Etat est une garantie de la pluralité et de l’égalité. L’évolution de notre société fait que l’éducation en droits humains et en citoyenneté est une responsabilité non négligeable et fait partie d’une formation éthique, beaucoup plus qu’une formation dans une morale déterminée. C’est un débat qui doit se faire depuis un consensus et avec la participation de tous les acteurs impliqués pour donner une véritable stabilité et garantir des opportunités de formations de qualité. Une éducation élitiste, non-égalitaire, en mains de ceux qui n’ont pas de légitimité démocratique, ne garantit pas la formation de personnes autonomes, critiques et à la pensée personnelle. Elle n’est qu’un accident, un mauvais rêve dont on ne doit pas tarder à se réveiller.

Alfredo Aabad, pasteur de la IEE (Eglise Evangélique Réformée Espagnole), membre et premier secrétaire de la « Comision Permanente » de la IEE.