Pro Hispania
Association Suisse des Églises Protestantes

La question catalane

Source: IEE, Joel Cortès et Ignacio Simal, octobre 2014

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Une part très significative des citoyennes et citoyens de Catalogne veut exprimer dans les urnes l’avenir qu’ils souhaitent pour leur pays. Ils veulent le faire, comme ils l’ont déjà fait, sous une forme pacifique, transversale et constante au long des années passées. Face à cette volonté, le Gouvernement et les forces majoritaires de l’Etat espagnol affichent rondement une non-entrée en matière, s’emparant d’une interprétation restrictive de la Constitution, niant un droit inaliénable qui prévaut face à des dispositions légales ponctuelles.

Les motifs qui fondent la volonté de tout un peuple d’exprimer sa volonté dans les urnes viennent de loin, de multiples tentatives de construire un Etat qui soit respectueux des diversités. Les années ont passé, et avec elles s’est amenuisée l’espérance que la diversité soit perçue comme une richesse et une force de croissance des peuples et des nations qui forment l’Etat espagnol.

La monnaie d’échange que nous avons reçue a été une continuelle action politique visant à rabaisser les aspects différenciés et identitaires plus profonds, à ne pas respecter un modèle éducatif qui administre avec sagesse la connaissance et la maîtrise de la langue. Ainsi, on a réduit les compétences de gestion des Catalans, par exemple au sujet de la langue, alors que paradoxalement on l’admet dans d’autres communautés autonomes. On assiste à une politique économique qui contribue à réduire la capacité d’investissement et de croissance, appelant à une solidarité qui dépasse les limites de la rationalité et qui met en péril non seulement le bien-être, mais aussi le maintien de services de base prioritaires, comme l’éducation, la culture et la santé de tout un pays.

Il est juste également de reconnaître qu’en Catalogne coexistent différentes visions et qu’une part de la population n’accepte pas les arguments que l’on a exposés. Certains défendent le statut quo, d’autres revendiquent un changement de la Constitution afin de s’ouvrir à un modèle fédéral qui puisse corriger les injustices en question. Il est évident que l’on ne peut résoudre cette situation complexe sans arriver à une Consultation qui rende manifeste d’une manière démocratique et objective l’opinion majoritaire des citoyennes et citoyens de Catalogne. Sans cette option, il n’y aura pas de solution qui mette fin au grave conflit politique et social dans lequel nous nous trouvons.

Pour ces raisons, l’Eglise Evangélique (Réformée) de Catalogne est en faveur du droit à décider , par conviction propre, fondée sur des valeurs protestantes qui conduisent à faire en sorte que la paix et la justice puissent prévaloir, et où les conflits humains peuvent être résolus d’une manière pacifique et amicale. Notre Eglise de Catalogne, sur l’ensemble de l’Espagne, est une partie de la IEE (Eglise Evangélique Réformée Espagnole). La IEE est une Eglise unie, qui se réfère aux grandes familles du protestantisme historique (réformés et méthodistes). Lors du prédécent Synode à Malaga en 2013, la IEE approuva une résolution à l’unanimité, qui est la suivante:

“Nous considérons comme un príncipe de nos ordonnances la Déclaration Universelle des Droits Humains et, sur cette base, respectons le príncipe d’autodétermination des peuples afin qu’ils puissent décider au sujet de leur futur.”

Il s’agit d’une déclaration dont la valeur est liée au fait qu’elle a été votée par les délégués synodaux provenant de toutes les régions d’Espagne, et qui reflète un absolu respect et une pleine considération à l’égard d’un monde plus juste, fondé sur le respect et la légitimation morale de toutes les citoyennes et tous les citoyens.

Joel Cortès i Casals, président de la “Comision Permanente” de la IEE

 Ignacio Simal Camps, président du Conseil de l’Eglise Evangélique (Réformée) de Catalogne