Pro Hispania
Association Suisse des Églises Protestantes

Jour de mémoire de l’holocauste

Sénat espagnol, 27 janvier

Le gouvernement espagnol prend position contre le négationnisme de l’holocauste.

Source : Europa Press, 27 janvier 2021, Actualitad evangelica, Madrid

Chaque 27 janvier marque la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste, qui coïncide avec la date de la libération du camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, il y a 76 ans. La vice-présidente du Gouvernement et ministre chargée des relations avec le Parlement et mémoire démocratique, Carmen Calvo, a présidé cette commémoration. Carmen Calvo s’est dressée contre le négationnisme de l’Holocauste et a assuré le « ferme engagement » du Gouvernement à l’égard des lois telles que la loi de mémoire démocratique et la loi sur l’égalité de traitement.

« Oui, face à ceux qui nient, combattent et discutent tant de vérités qui sont si nécessaires pour avancer, il y a eu un massacre de toutes parts en Europe contre des juifs, des gitans, des dissidents, des antifascistes espagnols, des Témoins de Jéhovah, contre ceux qui ne respectaient pas un canon macabre d’une définition de l’humanité elle-même qui est l’anti-humanité », a souligné C.Calvo.

En ce sens, elle a précisé que l’un des défis auxquels le monde est aujourd’hui confronté « a commencé en niant la tragédie et l’ignominie qu’a été l’Holocauste. Nier la vérité nous place dans une zone de danger extraordinaire, envers notre propre existence et envers les conventions avec (par ?) lesquelles nous sommes capables de vivre et de nous respecter », a-t-elle précisé.

C’est ce qu’elle a dit mercredi 27 janvier 2021 lors de son intervention au Sénat à la mémoire de l’Holocauste, pour faire mémoire des victimes du génocide perpétré en Europe par les nazis, qui ont assassiné 6 millions de Juifs, des centaines de milliers de Tsiganes, des dizaines de milliers de personnes handicapées, des Témoins de Jéhovah, des homosexuels et des milliers de républicains espagnols.

En Europe, les Juifs continuent d’être assassinés pour ce qu’ils sont et les actes antisémites continuent de croître.

Cette commémoration, a-t-elle ajouté, se concrétise dans les lois et a donc mis en évidence deux normes « de la plus haute importance » que l’Exécutif s’apprête à adopter : celle de la mémoire démocratique et celle de l’égalité de traitement. « Il n’y a pas d’autre engagement que les règles que nous nous donnons par procédure démocratique pour exiger leur respect », a-t-elle souligné.

Ne pas glisser dans l’oubli

Pour sa part, la présidente du Sénat, Pilar Llop, a insisté sur le fait que « le négationnisme et la distorsion de la mémoire de l’Holocauste ne peuvent être tolérés » ni « tomber dans l’oubli », soulignant ainsi l’importance de transmettre les leçons apprises aux nouvelles générations.

« Notre devoir est de rester vigilant », a assuré P. Llop, tout en signalant que, même si de meilleurs mécanismes de contrôle sont actuellement en place, « aucune société n’est complètement à l’abri de l’absurdité ». C’est pourquoi elle a souligné l’importance de se défendre contre « des phénomènes pseudo-politiques, tels que le populisme et la polarisation qui grandissent dans les sociétés » et qui lui causent « beaucoup d’inquiétude ».

« Le populisme est un fleuve qui cache de dangereux courants qui parcourent l’Europe. Nous devons rejeter catégoriquement tout mouvement, idée, geste, expression xénophobe, raciste, suprématiste ou qui nie les droits de l’homme, et les mouvements ou idées qui délégitiment les institutions démocratiques », a-t-elle ajouté. Elle a également rappelé l’actuel « drame de la crise humanitaire » de milliers de personnes qui fuient la guerre, qui subissent des déplacements forcés et des conflits, et qui « méritent que leur dignité, leurs droits et leur intégration soient respectés par chaque Etat ».

Enseigner l’holocauste dans l’ESO (Enseignement Secondaire Obligatoire)

Le président de la Fédération des communautés juives d’Espagne (FCJE), Isaac Benzaquén, a également participé à l’Acte d’État ; il a demandé à toutes les communautés autonomes d’inclure l’histoire du peuple juif et de l’Holocauste dans le programme des élèves de l’enseignement secondaire obligatoire (ESO) en suivant l’exemple de « la Communauté de Madrid et d’Aragon ». Cette étude au sein de l’Ecole, a-t-il dit, est importante face à la « recrudescence de l’antisémitisme ». « En Europe, des Juifs continuent d’être assassinés pour leur identité et les actes antisémites continuent de croître », a-t-il averti.

Dans le cas de l’Espagne, il a précisé que les collèges juifs et les synagogues sont protégés par les forces et les corps de sécurité de l’État et a regretté que « les cimetières juifs soient profanés », comme cela s’est produit récemment dans celui de la communauté juive de Madrid. Ainsi, il a indiqué que « ces actes exécrables sont l’œuvre de quelques fanatiques étrangers aux sentiments de l’immense majorité de la société ».

Que le peuple gitan ne soit pas oublié

Pour sa part, Henar Corbi a lu quelques mots du directeur de l’Institut de la culture gitane, Diego Luis Fernández, en mémoire des « plus de 500’000 gitans tués par la barbarie nazie » et a demandé que « plus jamais le peuple gitan ne soit réduit au silence » et qu’il reçoive la « reconnaissance qui lui est due » sans la limiter aux « aspects d’assistance ».

En mémoire des 10’000 républicains espagnols déportés et assassinés dans des camps d’extermination, est intervenue la vice-présidente « d’Amical Mauthausen » et pour d’autres camps, Concepción Diaz Berzosa, qui a averti que l’on observe aujourd’hui « certains des éléments qui ont produit l’Holocauste » comme les « mouvements néofascistes, partis d’extrême droite, groupes qui proclament des slogans négationnistes à tout-va et crachent des propos barbares sur les réseaux sociaux » et qui même « ont réussi à être présents dans les institutions politiques ». « Nous sommes face à un vieux spectre », a-t-il averti.

Le ministre de la Justice, Juan Carlos Campo, la ministre des Affaires étrangères, Arancha González Laya, le rabbin de Madrid, Moshé Bendahan, et le directeur du Centre Sefarad-Israel, Miguel de Lucas, étaient également présents. Six bougies ont été allumées en mémoire des victimes de l’Holocauste et on a entendu la mélodie « Eli, Eli », de David Zehavi sur le poème d’Hannah Szenes, et « Gelem, Gelem », hymne traditionnel gitan né aux États-Unis…