Pro Hispania
Association Suisse des Églises Protestantes

Education pour la citoyenneté

Depuis 1997, le Conseil de l’Europe poursuit sa propomotion et sa recommandation envers les pays de l’Union Européenne pour inclure « l’Education pour la Citoyenneté Démocratique et les Droits Humains » dans leurs politiques éducatives. L’Education pour la citoyenneté Démocratique a été incorporée dans tous les systèmes éducatifs européens et les contenus de droits humains sont présents dans les cursus de plus de 20 pays européens, comme l’Allemagne, le Danemark, les Pays-Bas, le Portugal ou la France.

Il existe donc un consensus international pour attribuer à l’éducation une finalité visant à préparer les citoyens pour vivre dans une société complexe et diversifiée. L’Espagne non seulement a signé et impulsé ces accords, mais encore en 2004 le Parti Polulaire (au pouvoir actuellement) a souscrit au programme mondial pour l’Education en Droits Humains.

Cependant, dans notre pays, cet apparent consensus théorique sur les fins de l’éducation ne semble pas avoir rencontré le même degré d’accord au moment de le mettre en pratique et de concrétiser la manière de le rendre opérationnel dans le cursus. Les huit dernières années écoulées depuis l’approbation de la « Loi Organique de l’Education » (LOE) démontrent que la discussion sur cette matière (Education pour la Citoyenneté) a été et demeure polémique, qu’elle n’a cessé d’influer sur les sentences favorables que le Tribunal Suprême a dictées sur l’adéquation et la légalité en la matière.

Education pour la citoyenneté en Espagne

Nos écoles sont devenues au fils des années des institutions dotées de règles du jeu tout à fait claires : il faut obéir au supérieur, à commencer par le professeur ; les normes et les règlements doivent être respectés sans aucun type de questionnement ; il faut s’accomoder à ce qui est établi…Mais peu, très peu, on promouvait chez les étudiants un talent démocratique, caractérisé par la capacité de penser par eux-mêmes, de manière critique, solidaire et créative, participant activement à leur éducation.

Avec la « Loi Organique du Droit à l’Education » (LODE) en 1985 et avec la « Loi Organique Générale du Système Educatif » (LOGSE) de 1990, on tenta de mettre en œuvre un sérieux changement vers une conception plus démocratique de l’éducation avec l’objectif de former des citoyens. On ne parlait pas seulement d’une matière à enseigner, mais également d’une nouvelle forme d’organisation. Ces espaces démocratiques s’étiolèrent lentement et donnèrent le pas à des modèles plus hiérarchiques d’organisation scolaire. On conserva La matière, d’éducation civique, mais l’éducation démocratique perdit de sa force.

Il fallut attendre 2007 pour que la « Loi Organique de l’Education » (LOE) soit incorporée au cursus par le Parti Socialiste comme un cours sur « l’Education pour la Citoyenneté et les Droits Humains ». L’introduction pour la première fois de cette problématique comme matière indépendante dans le cursus situait la préoccupation pour la citoyenneté dans un registre distinct de l’ensemble des activités éducatives. Les Nations Unies et le Conseil de l’Europe insistent saur la nécessité de promouvoir une citoyenneté responsable dans une société démocratique avec le but d’atteindre une cohésion sociale et une identité européenne communes.

Depuis son apparition comme proposition pour être soumise à discussion publique, jusqu’à son approbation et son introduction progressive comme matière obligatoire et évaluable, la polémique à son sujet n’a cessé d’être. Nous avons été témoins d’une authentique campagne « d’arcèlement et de démolition » de la part des secteurs sociaux les plus conservateurs contre la matière introduite par le Parti Socialiste: « Education pour la Citoyenneté et les Droits Humains ».

En mai 2013, le Conseil des ministres du Gouvernement conservateur du PP, sous les auspices de l’Eglise catholique, approuva la « Loi d’Amélioration de la Qualité Educative » (LOMCE). Dans cette nouvelle loi, la matière « Education pour la Citoyenneté » sera substituée par une autre loi, nommée « Education Civique et Constitutionnelle » qui, selon le ministère de l’Education « …sera libre de controverses et ne sera pas susceptible d’endoctrinement idéologqie ».

Qu’est ce que « l’Education pour la Citoyenneté et les Droits Humains ? »

Selon le Ministère de l’Education et de la Science (MEC), il s’agit d’une matière dont le contenu fondamental a pour objectif de former des citoyens conscients de leurs droits et habitués à les exercer. José Antonio Marina, philosophe, écrivain et pédagogue, affirme qu’on n’est en train « d’inventer ». Il s’agit du grand projet de l’humanité, dont un des points importants est la Déclaration des Droits Humains, ce qui le cadre de cette matière.

« L’Education pour la Citoyenneté et les Droits Humains » englobe, avec des lignes de travail sur la formation dans le domaine des valeurs comme l’éducation de base, l’éducation pour la paix, pour la solidarité, pour l’interculturalité, pour une consommation responsable, pour la défense de l’environnement, pour l’égalité des sexes, etc.

L’apprentissage de ce vaste domaine va au-delà de l’acquisition de connaissances, pour se centrer ses les pratiques scolaires qui stimulent la pensée critique et la participation, qui facilitent l’assimation des valeurs dans lesquels se fonde la société démocratique, avec l’objectif de former des citoyens responsables, participatifs et solidaires. Dans ce sens, les projets méthodologiques doivent être abordés avec beaucoup de soin, compte tenu du point de départ personnel pour considérer l’environnement le plus proche, ainsi que le « vivre ensemble » qui établit la Constitution, comme les droits et les responsabilités collectifs. En définitive, le parcours proposé part du plan individuel pour aller vers le plan social.

Il permet une analyse plus explicite de la liberté et de la responsabilité humaines comme caractéristiques de la personne, rendant possible le « vivre ensemble » à partir du respect des différences, qu’elles soient éthiques, culturelles, religieuses, sexuelles, etc. Cela met spécialement l’accent sur le rejet de la violence et l’acceptation du principe de respect de la dignité de toute personne comme élément de base qui rend possible le « vivre ensemble ».

Cette matière favorise la connaissance et l’analyse des causes qui provoquent la violation des Droits Humains, la pauvreté, l’inégalité, ainsi comme la relation entre les conflits armés et le sous-développement, valorisant les actions et les cheminements pour obtenir la paix, la sécurité et la participation active comme moyen de construire un monde plus juste.

« Education pour la Citoyenneté » dans nos collèges

Le fait qu’un Gouvernement déterminé considère opportun de supprimer une matière comme « l’Education pour la Citoyenneté » suppose que celle-ci n’est pas nécessaire. Aujourd’hui, plus que jamais, son existence doit être en vigueur dans un monde globalisé et complexe. Eduquer dans la tolérance et dans le respect de la diversité dans une société plurielle et multiculturelle, développer un esprit critique face à l’injustice, penser et faire valoir un avis dans la liberté, est indispensable et urgent pour apprendre à vivre ensemble dans la paix.

Pour nous, Protestants espagnols, et, particulièrement pour nos collèges protestants « Juan de Valdès » et « El Porvenir », les contenus de cette matière ne sont pas nouveaux. Ce qui selon la LOE est resté dans une simple matière, pour nous a fait partie de notre manière d’être. Nous n’oublions pas que nos collèges s’érigèrent face à la nécessité de donner une « Réponse ». Une « Réponse » ferme et cohérente avec l’engagement de la foi, que nous devions donner comme chrétiens protestants dans une société tellement maltraitée à cause des conséquences politiques, économiques et religieuse à travers notre l’histoire. Curieusement, nos professeurs, assument l’objectif « d’Eduquer pour la vie » comme base maximale, ont transmis les valeurs chrétiennes : tolérance, respect de la personne, liberté de pensée, etc., à l’intérieur des classes, alors que le cadre global était celui de l’intolérance et de l’incompréhension.

La société a changé et courrons le risque de nous diluer dans la masse des collèges caractérisés par la recherche de l’excellence , de la qualité, du marketing, de l’efficacité, de la compétitivité…, de nous abandonner à des accomodements et des modèles pyramidaux, méritocratiques et dirigistes, sans mettre en lumière les valeurs qui toujours nous différencièrent et nous aloignèrent des méthologies caduques et discriminatoires de l’Eglise catholiques.

« L’Education pour la Citoyenneté » disparaît du domaine éducatif ; cependant, la société espagnole continue à avoir besoin que notre « talent », notre manière de comprendre la personne, notre conception de l’être humain dans toutes ses dimensions. Selon les principes bibliques nous revendiquons la Réforme protestante afin qu’ils imprègnent la travail éducatif de nos collèges.

Damaris Ruiz

Damaris Ruiz est directrice du collège « Juan de Valdès » et membre de la « comision Permanente » de l’Eglise Evangélique (Réformée) Espagnole.

Source : site http://www.protestante.eu, 3 juin 201, Damaris Ruiz.