Pro Hispania
Association Suisse des Églises Protestantes

Privilèges ou justice

Privilèges ou justice.

Lorsque l’Eglise Evangélique Espagnole sollicite auprès de l’Etat une pension de retraite pour les pasteurs qui exercèrent leur ministère durant le régime franquiste, elle ne demande pas l’aumône, ni un traitement de faveur, sinon un acte de justice. La discrimination dont furent l’objet les pasteurs protestants pendant 40 ans justifie largement que l’on fasse réparation des injustices dont ils ont souffert pendant ce temps. Ce sont des hommes qui dédièrent tout leur temps et leur énergie à la prédication de l’Evangile dans des circonstances de grande marginalité. Malgré leurs efforts, jamais ils n’obtinrent une reconnaissante officielle et jamais on leur octroya la possibilité de s’intégrer au Régime Général de la Sécurité Sociale. Ils furent toujours socialement non protégés : sans droits à l’égard du système de santé, ni à l’égard des assurances sociales qui étaient ouvertes à d’autres classes de la société. Mais en Espagne, « unité de destin dans l’universel et réserve spirituelle de l’Occident », il ne pouvait pas y avoir de pasteurs protestants. Il fallait préserver l’unité catholique. Et cela, Franco le fit dès le commencement, piétinant sans cesse ce qui relevait des droits humains.

Une fois les années d’intolérance révolues et avec le retour à la démocratie, il semblait que le moment de corriger les injustices du passé était advenu pour remédier aux maux qui avaient peiné la société. Et c’est ainsi qu’effectivement on remédia à des situations de prêtres catholiques qui s’étaient sécularisés. Le tour aux pasteurs protestants arriva enfin, bien que beaucoup plus tard. Cependant, dans ce cas, on ne parvient pas à indemniser tous ceux qui avaient subi la discrimination au regard des droits des citoyens espagnols. Les pasteurs qui, à cause de l’injustice légalisée franquiste, ne purent cotiser à la Sécurité Sociale, ne trouvèrent aucune porte ouverte pour aller sur un chemin conduisant à solutionner leur précarité économique. Les nombreuses discussions tenues avec les autorités compétentes n’ont produit autre chose que de bonnes paroles et intentions, mais sans aucun résultat pratique depuis plus de 30 ans de démocratie.

L’impossibilité de trouver une solution dans le pays a conduit la « Comision Permanente » de l’IEE (Eglise Evangélique Espagnole) à saisir le Tribunal Européen des Droits Humains, pour présenter un cas concret qui pourrait constituer un précédent similaire à d’autres cas. Naturellement pour l’instant le Tribunal n’a pas encore pris une position officielle sur cette affaire, mais la bonne nouvelle est que la procédure a été acceptée ; cela signifie qu’en vue du jugement, il y a certainement des indices qui devront être éclaircis faisant état de la discrimination pour affiliation religieuse. Le Tribunal a invité la Gouvernement espagnol à ce qu’on parvienne à un accord à l’amiable et qu’il informe le Tribunal avant le 22 juin 2011. Nous ne savons pas comment cette affaire va se terminer, mais nous voulons faire entendre bien clairement que ce que demande l’Eglise Evangélique Espagnole pour ses pasteurs retraités ou leurs veuves n’est pas privilège sinon un droit. Nous sommes une petite minorité et ce que nous demandons est économiquement insignifiant pour l’économie du pays, au point qu’il ne devrait pas être si difficile de trouver une solution. Mais, ce qui compte avant tout, c’est de défendre les droits de ceux qui servirent fidèlement dans l’Eglise dans un temps d’intolérance et exiger la justice à tous les niveaux. 

Editorial de « Cristianismo protestante », No 60, avril-juin 2011