Pro Hispania
Association Suisse des Églises Protestantes

Pluralisme religieux

Le pluralisme de notre société.

Cristianismo protestante, No 56, avril-juin 2010.

Isabel Roura, trad. Fausto Berto.

Notre société est plurielle, c’est à dire qu’elle ne se caractérise pas par la pensée unique, tant sur le plan social que religieux et politique. Cependant, notre pays a été marqué fortement par une culture religieuse, un christianisme exprimé à partir de la confession de foi catholique, ce qui constitue un aspect important pour analyser toute question qui a trait à notre société. Il n’est pas suffisent que la Constitution en vigueur proclame le caractère non confessionnel de l’Etat. L’Institution catholique ne comprend pas qu’elle a à dépasser les envies du pouvoir.

Ici on pourrait considérer les diversités sociales, le tissu des associations diverses et le fait que—par rapport à ce qu’est l’Etat—toutes ces entités ne sont pas dans une juste correspondance. Aujourd’hui, ce qu’on désigne comme le religieux apparaît de plus en plus dilué. La liberté individuelle a rendu encore plus évident le fait que personne ne veut qu’on lui impose une profession de foi. Et croire n’est pas chose facile. L’empreinte catholique romaine au travers des années de dictature et de national-catholicisme—mais cela est plus ancien—s’est faite en écartant la classe ouvrière, les intellectuels et plus récemment les femmes.

Le présent est lié au passé. L’apparition des autres religions, comme l’islam, le bouddhisme, la foi bahai entre autres, représente un phénomène nouveau. D’autres églises chrétiennes sortent de l’ombre après un long silence. On pourrait considérer grosso modo que notre société se compose de croyants et de non croyants. Il y a aussi un athéisme, tel qu’il est exprimé par certains, qu’on pourrait qualifier d’une forme de religion. Et l’indifférence est un phénomène très étendu. Une société matérialiste et hédoniste, remplie de contre-valeurs, empêche les gens, notamment de nombreux jeunes, de faire de leur vie une expérience ouverte à la spiritualité qui, par ailleurs, est constitutive de tout être humain.
Tout n’est évidemment pas négatif. L’individu aujourd’hui se sent moins conditionné face aux croyances religieuses de son entourage. Il y a plus de cohérence et de sincérité. Le climat de nombreuses communautés s’est amélioré, là où autrefois on exerçait des pressions ou on excluait une partie importante de la population par des signes d’intolérance. Sans entrer dans les détails, nombreux sont ceux qui s’en souviennent. Les plus jeunes heureusement non pas vécu cela et l’effet résiduel du phénomène n’est pas toujours perceptible.

Le christianisme quand il est bien perçu procède d’un message de vie, de Jésus de Nazareth. Un message précisément de libération, de révélation d’un Dieu d’amour, une Bonne Nouvelle apportant des nouvelles valeurs qui se substituent aux anciennes. C’est un chemin pour acquérir—par grâce—une humanité empreinte de présence divine, un message universel, là où la mort est vaincue par la résurrection. Nouvelle vie, c’est la source dans notre vie d’une vision d’espérance où le mal et la souffrance n’auront pas le dessus. Mal et souffrance ne sont pas inévitables et ne constituent pas une fatalité. Selon les paroles de Vicente Ferrer : « La douleur et la souffrance ne sont pas là pour être compris mais pour être résolus. » 
Voilà ce que, en tant que chrétiens, nous sommes appelés à vivre et à exprimer, non pas dans un espace confiné, mais au milieu de la société, en humanité, main dans la main avec d’autres croyants de bonne volonté, pour être « lumière du monde et sel de la terre », ni plus ni moins. Ne nous compliquons pas la vie.

Isabel Roura