Pro Hispania
Association Suisse des Églises Protestantes

L’édification de l’Eglise, Enric Capo

L’édification de l’Eglise, par Enric Capò (10 février 2011).

Jamais nous ne dirons que notre Eglise est la seule vraie. Elles sont déjà assez nombreuses celles qui le disent. Il y a déjà trop de gens qui prétendent posséder la vérité absolue pour que nous ayons la même prétention. C’est une caractéristique des sectes et des attitudes sectaires, et il y en a beaucoup dans notre société. Pour ce qui nous concerne, rien n’est jamais absolument vrai. Nous pouvons seulement aspirer à la vérité avec nos approximations, sans aller plus loin. Pour autant, quand nous parlons de notre Eglise, nous parlons de ce pourquoi nous avons été appelés, dans cette communauté : être des suiveurs de Celui qui est la vérité et, encore plus, le chemin et la vie.

La vérité nous ne le possédons jamais. Nous pourrions dire que c’est elle qui nous possède, dans le sens où elle nous captive et nous invite à la rechercher de tout notre cœur. Dans notre communauté, comme en celles tant connues du livre de l’Apocalypse, Lui, Jésus, est le Témoin fidèle et véritable. Le suivre est notre tâche et notre volonté, bien que sur ce chemin tout n’est pas roses et victoire ; parfois, les tentations et les tribulations du monde présent nous font chanceler.

L’Eglise est, par conséquent, la communauté de ceux qui ont été appelés par Jésus-Christ. Certaines dénominations s’emploient à éviter le mot « église », qui est une transcription du mot grec « ekklesia », tel qu’il se trouve dans le Nouveau Testament. Ils parlent alors de « l’assemblée », qui est une traduction du mot en question, et cela semble correct car le trait à souligner est que nous avons été convoqués. Le Christ nous a convoqués, un par un, pas après pas, avec cette forme personnelle qu’il utilisait quand il était parmi nous : « suis-moi ». Et nous l’avons fait. Il nous a donné les moyens et les forces pour dire oui et amen à son message de salut.

Maintenant nous sommes disciples. Les chrétiens anciens et les nouveaux qui entrent dans la communauté de l’église. Nous tous. Certains auront plus d’expérience que d’autres, occuperont des places avec plus de responsabilités, auront des ministères à développer ou auront à découvrir les dons du Seigneur dans leur vie pour les mettre à son service. Mais, fondamentalement, nous sommes tous égaux : des suiveurs de Jésus. Nous ne sommes pas ses meilleurs suiveurs, mais nous souhaitons le devenir. Notre tâche est de nous efforcer simplement à suivre Jésus en lui demandant jour après jour la force d’avancer. Aucun d’entre nous n’est véritablement très important dans la communauté, bien que, d’un autre côté, nous le sommes tous. Notre centre est en Christ, celui qui nous précède et nous enseigne à vivre.

Alors, être église—ne l’oublions pas—c’est être une communauté. Nous ne sommes pas des chrétiens isolés qui vont pour leur compte et se réunissent le dimanche pour le culte. Nous avons été convoqués par le Christ—nous l’avons déjà dit—afin de créer un espace d’amour et de liberté. C’est important de le rappeler. L’Eglise est, ici et maintenant, le projet de Dieu pour ce monde. Ce n’est pas son projet final. Quand arrive la fin, l’histoire se termine et le monde est passé, et nous verrons le Règne de Dieu : une nouvelle société présidée par la justice et la solidarité. C’est et ce sera son Règne. Le livre de l’Apocalypse l’appelle la Nouvelle Jérusalem, qui descend du ciel. Mais pour l’instant, dans ce temps présent de lutte, temps provisionnel de la patience de Dieu qui nous invite à la remise en question et à la foi et dont le projet est l’Eglise. Il ne s’agit pas tant d’une grande Eglise structurée universellement par des hiérarchies et avec un grand apparat bureaucratique. Le projet de Dieu est la communauté chrétienne, l’église locale, où premièrement doivent apparaître les signes distinctifs de toute église qui tienne le Christ comme centre et tête. Une église « catholique » dans le sens universel de ce mot, c’est-à-dire ouverte sur le monde. Une église « apostolique », dans le sens où elle conserve avec fidélité la doctrine que les apôtres nous ont transmise à laquelle nous avons accès dans la Bible. Une église « sainte », non pas dans le sens d’une perfection humaine, mais dans le fait de tracer un chemin distinct et singulier dans ce monde, un chemin nouveau. Commencer à marcher sur le chemin du Christ et faire de ce cheminement un espace, une réalité dans laquelle se manifeste l’œuvre transformatrice du Christ dans le cœur des hommes.

Pour autant, dans l’église que nous formons, nous avons à considérer très clairement qu’il n’est pas évident d’incarner l’évangile dans la réalité de chaque jour et qu’une communauté chrétienne n’a de sens quotidien que si elle reflète cette réalité aujourd’hui intangible, mais cependant sûre et certaine, du Règne de Dieu.

Enric Capó