Pro Hispania
Association Suisse des Églises Protestantes

Le voyage de Bénédict XVI en Espagne

Le voyage de Bénédict XVI en Espagne.

Editorial du Cristianismo protestante No 58, oct.-déc. 2010.

L’évènement majeur de ce dernier trimestre 2010 a été le voyage du pape Bénédict XVI à St. Jacques de Compostelle et à Barcelone. Bien que l’assistance des gens le long du parcours citadin du pontife n’ait pas été à la hauteur des prévisions, la visite, semble-t-il, a été un succès. Le pape a été bien reçu, et cela est positif tant pour lui qui, à 83 ans, a bien voulu se déplacer en dehors de l’enceinte du Vatican, comme pour les membres de l’Eglise catholique.

Pour notre part, protestants espagnols, nous sommes restés dans la marge. Nous n’avons souhaité ni lui exprimer une chaleureuse bienvenue—comme ce fut le cas pour l’Alliance protestante au Royaume Uni dans une expérience similaire—ni relayer les groupes qui manifestèrent publiquement leur opposition. Au plan religieux, nous abordons la question d’une manière neutre, respectant les affaires internes à l’Eglise catholique. 
Cependant, nous avons à reconnaître que, d’une manière ou d’une autre, cette visite nous a affectés. En ce temps de globalisation, où tout affecte tout le monde, et dans le cadre du rapprochement entre les Eglises chrétiennes promu par l’œcuménisme auquel nous participons, nous avons à faire remarquer que, au-delà du respect mutuel que nous professons, nous nous sentons responsables d’exprimer notre critique ou notre jugement dans l’esprit d’un mutuel avertissement auquel nous appelle l’Evangile. 
Nous avons été peinés d’expérimenter d’aussi près que l’Eglise catholique, et spécialement son gouvernement, n’ont pas été capables de dépasser les erreurs qui remontent au Moyen Age, en maintenant une structure et des fastes qui n’ont aucun lien avec le témoignage de l’Evangile.

Voir le pape dans une ridicule papamobile se promener au travers de la cité, comme on élèverait en procession une image, malgré la ferveur populaire qui pourrait rappeler les multitudes qui suivirent Jésus, est un spectacle peu édifiant. 
La confusion entre la fonction d’être la tête visible de l’Eglise catholique et, simultanément, chef de l’Etat du Vatican, avec une longue histoire politique, fait de la peine à ceux qui prétendent vivre dans un Etat laïc au sein duquel Dieu et César recouvrent des réalités distinctes, afin que l’Eglise et l’Etat soient libres d’affronter leurs responsabilités respectives.

Que le pape soit reçu dans les pays qu’il visite avec les honneurs dus à un chef d’Etat est en contradiction avec sa mission spirituelle. Cela ne signifie pas que l’Eglise soit étrangère à la politique, car elle peut intervenir dans tous les domaines de l’existence, à condition que cela soit possible à partir de son indépendance et de sa liberté. Son message est celui de la réconciliation.

Les paroles de Bénédict XVI au sujet de la place de la femme au foyer, de l’avortement ou encore de l’homosexualité, bien que nous ne les partagions pas, entrent dans le cadre de ses prérogatives pour orienter son peuple ; elles vont dans le sens de sa mission. 
Nous avons également à faire référence aux questions économiques, et cela comme citoyens espagnols plus que comme protestants. La visite papale nous a coûté cher. Les médias ont parlé de millions d’euros. On nous a dit qu’il s’agissait comme d’un investissement et que les bénéfices seraient multiples, tant pour le prestige de la ville de Barcelone dans le monde et la diffusion de l’image de la Sagrada Familia, que pour l’augmentation possible du tourisme et de ses apports économiques.

Même s’il est possible que tout cela fonctionne de cette manière, ce n’est pas une justification valable de la dépense. Dans un temps de crise économique où tant de millions de citoyens sont touchés par le chômage, c’est un devoir pour le gouvernement, sans parler de l’Eglise, de donner l’exemple d’une certaine austérité et d’une solidarité avec ceux qui souffrent.

Le message de l’Evangile ne peut pas s’exprimer seulement en paroles, mais doit être accompagné de faits qui l’authentifient ; ce que nous n’avons pas vu dans la visite du pape. Concluons ce commentaire avec le fervent désir que les Eglises—et non seulement la catholique—investissent leurs potentialités au service des pauvres de ce monde, et qu’elles puissent le faire non pas avec prépotence à partir d’une richesse, mais à partir d’une « pauvreté », à l’imitation de Jésus qui « …de riche qu’il était, s’est fait pauvre, pour vous enrichir de sa pauvreté » (II Corinthiens 8 : 9). 

Trad. Fausto Berto, janvier 2011