Pro Hispania
Association Suisse des Églises Protestantes

La tâche politique de l’Eglise, Enric Capo

La tâche politique de l’Eglise, par Enric Capò
Christianismo protestante No 59, janvier-mars 2011

Le politique nous préoccupe tant, et les évènements survenant dans le monde sont si graves, qu’il semble nous soyons en train d’oublier ou de laisser de côté les facettes importantes de la vie religieuse. Nous vivons de si près et avec une telle intensité dans la dimension horizontale de l’Evangile que, à force, sa dimension verticale semble demeurer dans la pénombre. Cependant, cela ne devrait pas nous préoccuper, parce que l’horizontal et le vertical dans la vie chrétienne authentique doit nous conduire à établir la primauté de l’humain par-dessus tout autre considération. Compte tenu de la vocation chrétienne, qui nous vient d’en haut, toute notre action se traduit dans le champ de la réalité où se meuvent les hommes et les femmes de notre monde. Là, il n’y a pas des âmes et des corps, des besoins physiques et des besoins spirituels, un salut éternel et un salut temporel. Il y a seulement des hommes et des femmes, vers lesquels se dirige notre action.

Il s’agit donc de rappeler que les chrétiens se doivent à tous les êtres humains et dans tous les aspects de leur vie. Il n’y a rien d’exclu. Nous croyons au royaume de Dieu et sommes convaincus que Dieu a un projet pour cette vie qui comprend tous les êtres humains. Pour autant, c’est avec eux, avec tous, que nous avons à travailler pour sauver l’humanité de l’inhumanité qui nous menace. Les photographies des tortures en Irak et les crimes d’Al Qaida nous montrent jusqu’où les hommes peuvent être inhumains. Egalement, jusqu’où nous pouvons manipuler le nom de Dieu à nos propres fins. Nous revenons à faire de Dieu le « Dieu de nos combats », un Dieu qui ne devrait pas faire partie de nos schémas, car ceux-ci sont imprégnés du Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ.

Le projet de Dieu ne consiste pas à sortir les chrétiens du monde, comme s’il était impossible de le transformer, car Dieu nous envoie dans ce monde pour être des membres importants de son projet salutaire. Nous croyons que l’Evangile peut ouvrir les portes de la compréhension entre les peuples et les nations. Les chemins du dialogue sont très importants qui, jour après jour, s’ouvrent en faveur des engagements des religions pour établir un espace de liberté et de coopération pour la paix, ainsi que pour la compréhension des hommes et des femmes de notre monde. Quand on regarde à l’essentiel de chaque religion, on rencontre des idéaux de paix, de justice et réconciliation, à la base de tous les systèmes.


Cependant, il arrive souvent, et c’est arrivé à Genève sous la direction de Jean Calvin, que c’est idéal du règne de Dieu se convertisse en un idéal théocratique dans lequel la souveraineté de l’homme l’emporte sur la souveraineté de Dieu ; c’est-à-dire, un Dieu interprété par les hommes qui confondent le triomphe de la religion qu’ils professent avec le triomphe de Dieu. Ce qui est advenu en Irak ne fut pas une lutte entre les religions, mais une tentative de la plus grande puissance actuelle d’étendre son hégémonie par le contrôle des sources de richesses. Et ce n’est pas un cas isolé. On pourrait multiplier les exemples. L’égoïsme et l’envie influencent notre vie publique et, dans l’obscurité, dans les cloaques de notre société gémissent les victimes.

C’est cela qu’il s’agit de dénoncer. Demeurer silencieux face la terrible injustice qui préside légalement la vie publique, voilà qui conduit au consentement face au mal en donnant la bénédiction aux pervertis ! Une société où tant de gens sont rejetés dans la clandestinité et sont floués dans leur droits ne peut subsister. Nous avons une belle déclaration des droits humains, mais en même temps nous avons une pratique abominable. Personne ne se préoccupe sérieusement de garantir une vie digne à la citoyenneté. Et les Eglises, à de rares exceptions près, font à peine un plus que dire : « Que Dieu vous vienne en aide ».
Rappelons-nous que nous sommes les plus « sans-défense » de notre société que Dieu peut aider. Ne les renvoyons pas plus loin lorsque nous avons à réagir face à l’exigence de solidarité. La foi ne se manifeste pas en paroles et en bonnes intentions, mais par un engagement dans l’œuvre salutaire de Dieu, ici et maintenant, avant et après. Les Eglises devraient réfléchir sur la proportion de leurs ressources qu’elles consacrent à leur propre fonctionnement et sur celle qu’elles octroient à l’aide pour les autres. Si on faisait le calcul, pour sûr que nous aurions une désagréable surprise.

Trad. Fausto Berto, 4 mai 2011

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